MON EUFORIA DEL CIMS par Anthony

Lorsque j’ai vu le teaser de l’euforia sur le compte twitter d’Andorra Ultra Trail, je me suis dit qu’il fallait absolument que je trouve un coéquipier pour tenter cette aventure… et après quelques messages échangés avec Apos, nous avions décidé de tenter ce défi ensemble. La Team Ché Roulane était créée…

La préparation de cette course n’a pas été un long fleuve tranquille, car juste après le Trail du Vulcain, je suis bloqué par un premier Lumbago (Arf! juste au début de la prépa) et un second lumbago quelques jours avant l’ultra du Lure (qui m’empêche d’y participer avec mon pote Seb)… A ce moment, je suis en mode « putain, c’est pas possible comment je vais m’en sortir ». Le reste de la prépa, je la passe en serrant les dents… en disant à mes potes que j’espère que le dos tiendra le coup ! Et j’essaye de me convaincre que ça va passer. C’est la première fois de ma vie, que je me dis que l’échec est une issue possible…

Pour cette course, Alex m’a déjà dit qu’il était mon homme pour faire l’assistance, et quelques semaines plus tard, Marco le rejoint… Mes deux meilleurs potes sont là pour me suivre dans cette aventure épique… Je sais que j’ai de la chance d’avoir une assistance sur ce genre d’épreuve, et la promesse d’une soupe chaude et de quelques encouragements n’est pas à négliger notamment lors des moments dans le dur… on en reparlera dans quelques lignes… mais putain, qu’est ce que c’est bon de partager ces moments avec les potes…

Nous partons le lundi matin en Boxer (dixit le camion du bonheur) avec Alex et Marco… Dans le camion, nous avons toutes les affaires de Trail (pour moi), mais pas que, nous avons les boules de pétanques, le cubi de Muscadet, le barbecue (pour l’équipe d’assistance). Nous retrouvons Apos à l’hôtel, et nous partons faire une p’tite sortie Trail d’une heure dans les hauteurs d’Ordino ; Le lendemain, nous allons au briefing histoire de bien voir dans quel m…e nous nous sommes embarqués… Bizarrement, je n’ai pas de stress d’avant course, la nuit est Bonne et les affaires sont prêtes…

Le matin du départ, réveil à 4H30 du mat. On se prépare doucement… vers 6H15, nous rentrons dans le sas… il est temps de partir… les jambes sont impatientes… A 7H00, après la samba et le chant traditionnel andorran, c’est enfin le départ… ça part tranquille ! la route est longue…

JOUR 1 : La première journée de l’Euforia est juste dantesque… mais nous le savions, y’a juste à regarder le profil pour savoir que c’est pas l’écotrail de Paris… Marco et Alex nous attendent à 10km de la première base de vie… la journée est longue et nous avons hâte de les retrouver… vers 22H00, je les vois en haut d’un col avec le drapeau « Team Ché Roulane », Ouf !nous allons enfin avoir un verre de Coca… mais lorsque j’arrive là-haut, je ne vois plus personne… désespoir… j’appelle dans la nuit pas de réponse, heureusement après quelques mètres j’entends une réponse des gars… après un ravitaillement, nous repartons avec Apos, pour les pires kilomètres de Trail de ma vie… nous sommes dans les hauteurs d’Arcadis, la pente est raide, les cailloux sont monstrueux et nous sommes seuls, aucune frontale à l’horizon… lors d’une montée, je récupère Apos qui glisse en montant… Putain, c’est dangereux… il n’y a plus de plaisir, juste envie d’arriver à la base de vie… un groupe de 6 personnes nous rattrape et nous les suivons jusqu’à la base de vie… les visages sont marqués par cette première journée… nous allons voir Gérard Martinez pour lui demander si tous les jours seront aussi durs… Il nous explique que la difficulté décroit au fil de la course… heureusement, car sinon je pense que nous aurions pensé à raccrocher

JOUR 2 : Après 3 heures de dodo dans le camion (Alex et Marco ont dormi devant les toilettes en dehors de la base de vie), nous nous préparons au départ quand Olivier (le partenaire de Martine qui vient d’abandonner) nous demande s’il peut rejoindre notre équipe ; la réponse est Oui et nous sommes contents d’être trois… la première descente est rapide, et nous nous dirigeons vers le Comapedrosa… la journée sera dure, nous passons dans les pierriers, les névés et toujours avec des pentes incroyables… A ce moment, nous comprenons que quand nous croisons un balisage de la Ronda Del Cims (170 km et 13.5000m D+) nous allons pouvoir souffler un peu…
Dans la descente interminable de la Margineda, j’envoie un SMS à Alex pour lui dire qu’à vol d’oiseau nous sommes à 1,5 km de distance de la base de vie, mais une heure après je lui envoie le même message « 1,5km désolé ». Nous arrivons enfin, à la Margineda… je vois depuis quelques heures qu’Apos n’est pas au mieux de sa forme… j’espère qu’un peu de repos lui fera du bien. La barrière horaire se rapproche et nous décidons de dormir 1H30 avant de repartir… départ à 4H30 pour le troisième jour…

JOUR 3 : La montée est interminable et après 300D+, Apos demande à faire une sieste de 15 minutes… la forme n’est pas au rendez-vous, il ne mange plus… et la fatigue est visible sur son visage… après la sieste, sa décision est prise : Abandon… nous sommes à 95 km et près de 10.000 D+ (ça fait déjà une ballade)… je suis triste de laisser là mon pote de la Ché Roulane sur le bord du chemin, mais avec Oliv’, nous sommes motivés pour continuer l’aventure… A ce moment, je me pose toujours la question, allons nous pouvoir dormir cette nuit ? Allons nous pouvoir passer la barrière horaire ? En plus, dans cette étape, nous n’avons pas d’assistance (pas d’accès à moins de deux heures de marche ; et notre équipe d’assistance à besoin de repos) ; la pluie tombe à partir d’estall Serrer, d’abord fine puis l’orage se positionne sur le pic de la Portelleta, ça tombe bien nous allons en haut… après un appel à l’orga qui nous dit qu’il n’y a pas de problème de sécurité, nous croisons deux suisses qui rebroussent chemin car ils trouvent que c’est trop dangereux… Oliv’ m’incite à continuer car à ce moment, j’aurais bien fait ma fiotte et suivi les suisses… finalement nous passons le pic sans encombre… et arrivons au refuge d’Illa d’où je ressorts plein d’entrain après une bonne omelette… La descente vers le Pas de la Case est interminable (tout comme celle de la Margineda) ; en Andorre les descentes sont bien pires que les montées… Mais ce n’est pas une surprise pour les ultra-trailers. Nous retrouvons Marco, Apos et Alex… je suis content qu’Apos à retrouver le moral… nous avons enfin passé la mi-course et je bois une bière au camion en trinquant avec Alex et Marco… Je dors 3H00 dans le camion, et nous partons de la base de vie à 4H00… Enfin nous avons retrouvé de la marge sur la barrière horaire…

JOUR 4 : Le quatrième jour commence bien, nous avons un bon rythme et nous arrivons même à terminer nos 10 premiers kilomètres en un peu plus de 2H30… Une moyenne incroyable sur ce genre de terrain… la suite est moins roulante… la pluie revient en fin de matinée… nous retrouvons un groupe de 8 trailers, nous nous mettons dans le groupe… Oliv’ commence à avoir mal au dos lors de ce quatrième jour… Même si le parcours est normalement plus facile, avec la fatigue c’est pas hyper flagrant… on monte, on descend, on jardine, on se perd, on retrouve la trace et ça recommence comme ça sans cesse. Dans la dernière descente vers Cortals d’Encamp, nous voyons des marmottes à quelques mètres de nous, avec Oliv’ on se dit que l’on doit sentir la montagne (ou le bouquetin)… Nous arrivons pour la première fois de jour à une base de vie… il est 20H00… ça fait du bien de revoir les copains, de dormir et de profiter du confort du camion…

JOUR 5 : A 23H45, Oliv’ m’indique qu’il faut partir car Gérard Martinez (le directeur de course) aurait dit qu’il fallait partir avant minuit de cette base de vie pour arriver à Ordino avant la barrière horaire… A ce moment, petit moment de stress… on se dépêche de remplir les gourdes et nous repartons un peu avant minuit… nous allons passer la nuit dans la montagne… mais c’est notre dernier jour et les coeurs sont légers… ce qui est incroyable sur cette course, c’est que même à 20km de la fin, nous parlions au conditionnel entre nous : « si nous finissons la course… » alors que dans tous les autres ultras, passer le milieu de la course, il n’y a plus de conditionnel… on se pose plus la question, on sait que par la porte ou par la fenêtre nous allons passer la ligne d’arrivée. Le dernier jour est plus simple, il reste de bonnes montées et de bonnes descentes, mais globalement nous retrouvons des chemins (cela faisait longtemps que nous n’en avions pas vu). Au col d’Ordino, nous retrouvons une dernière fois les gars… c’est notre dernier ravito sauvage, nous ne chargeons plus les gourdes au max… l’arrivée n’est plus très loin… Oliv’ et moi sommes toujours au même rythme, c’est incroyable nous ne nous connaissions pas et nous faisons une belle équipe… la même envie, la même vitesse… bref, de vrais tracteurs des montagnes… La dernière descente est compliquée pour Oliv’, il souffre du dos et je sens bien que c’est pas un moment de bonheur pour lui… Nous appelons les gars pour être sûr que nous suivons bien le bon chemin dans la dernière descente… Dans le dernier virage, nous voyons Marco, Alex et Apos… Mon dieu que cela fait plaisir… je suis euphorique (sans jeu de mot), j’ai envie de partager ce moment avec mes potes ; nous courrons tous ensemble jusqu’à la ligne d’arrivée… la ligne d’arrivée c’est toujours un moment magique, mais là ça fait 104 heures que nous sommes partis… et lorsque nous arrivons vers 15H00 nous avons un super accueil, il y a du monde et mon dieu que ça fait du bien… Dans les bras de mes potes, j’en pleure pas de souffrance, pas de joie, mais d’émotion… Une minute après la ligne d’arrivée, nous avons notre bière à la main et la vie peut continuer

En conclusion, cette course c’est juste quelque chose d’énorme… c’est un défi personnel au début et ça se termine comme une aventure en équipe… quand je pense à l’Euforia, je ne pense pas à la distance, au pics, aux montées ou aux descentes… je pense à mes potes de la team Ché Roulane… Là où cette course est différente des autres que j’ai faites, c’est sur le côté mental… tu es toujours à te poser la question, si tu vas passer la barrière, si tu veux continuer, si tu es en sécurité… Ce qui m’a fait avancer pendant ces 5 jours, c’est l’envie… j’ai toujours pris du plaisir en montagne et j’ai toujours considéré que cela était une chance et un privilège de faire ce genre de bétise… Avec des copains comme j’ai, je suis persuadé qu’aucun défi n’est irréalisable… avec un tel esprit d’équipe, je pense que nous pouvons aller loin… et c’est vraiment unique… Merci à Oliv’ avec qui nous finissons cette Course de « débile »… Merci à Apos, avec qui je suis heureux d’avoir partagé cette aventure et avec qui nous avons créé la Team Ché Roulane… Merci surtout à mes anges gardiens, sans quoi rien n’était possible… mes deux mamans pendant cette aventure… mes deux potes avec qui maintenant je suis heureux de partager des binouzes et des moments de partage… Merci donc à Alex & Marco… avec qui je suis sûr, nous repartirons faire quelques aventures…

Et puis je peux pas oublier, l’amour de ma vie, Florence, qui a toujours été là pour m’accompagner dans ce défi fou (même si elle était restée à la maison avec les enfants) ; son soutien m’a surtout aidé à surmonter mes moments de doute lors de ma prépa… ses mots au téléphone m’ont aidés à aller de l’avant… je suis heureux qu’elle soit ma partenaire dans notre aventure de tous les jours…

Merci à vous tous qui avez soutenu notre course et notre aventure andoranne...